L'album inoubliable d'Astor Piazzolla et Gerry Mulligan, Reunión Cumbre (Sommet), paru en 1974, a synthétisé la rencontre de deux des genres les plus créatifs du XXe siècle : le tango et le jazz. Cette rencontre historique a été une source d'inspiration incontournable pour le saxophoniste argentin Jorge Retamoza tout au long de ses plus de 25 ans de carrière.
En 2024, on célèbre le 50e anniversaire de la sortie de Reunión Cumbre, et Jorge Retamoza et son groupe ramènent au présent cet enregistrement historique, qui a influencé des générations de musiciens et a eu un profond écho auprès de publics de tous horizons.
Jorge Retamoza décide de faire revivre cette rencontre entre les deux artistes en hommage à cet enregistrement fondateur qui a préfiguré, avec une grande efficacité, le lien entre le tango et le jazz, un lien peu exploré à l'époque de la sortie de l'album mais d'une pertinence indéniable dans le monde entier.
Avec le guitariste Pablo Martínez, ils ont reconstitué les partitions de l'album Reunión Cumbre à partir des transcriptions originales, adaptant les arrangements pour sextuor afin de révéler toute la richesse mélodique des différentes œuvres. Retamoza et Martínez ont respecté la structure générale des thèmes, des mélodies et des contrepoints, ainsi que l'atmosphère sonore globale, tout en laissant place à leurs interprétations personnelles dans les solos et les improvisations qui ponctuent chaque morceau. Il est à noter qu'à l'époque de l'enregistrement, seul Piazzolla jouait du tango ; Mulligan y apportait sa sonorité si particulière, notamment aux morceaux lents, et les musiciens de l'orchestre de la RAI, qui accompagnaient avec efficacité et professionnalisme, avaient alors une connaissance très limitée du vocabulaire du tango. La musique du sextuor de Jorge Retamoza sonne beaucoup plus tango, plus canyengue, avec plus de profondeur, ravivant la beauté intrinsèque des mélodies de l'album.
Piazzolla et Mulligan ont rarement interprété ce répertoire en concert, ne donnant qu'une poignée de représentations en Italie, en France, à Barcelone et au Brésil. Ils n'ont d'ailleurs jamais joué ensemble en Argentine, et cet enregistrement a rarement été utilisé par d'autres artistes interprétant la musique de Piazzolla. Le Sextet remet cette œuvre sur le devant de la scène – une œuvre qui, en 1974, a fait se rencontrer pour la première fois les univers du tango et du jazz avec une clarté et une beauté exceptionnelles.
























